Avoir le trac et tenir quand même

Épisode #51 · 9 min · Parler Juste® · Prise de parole en public

Ce que vous allez apprendre

  • Pourquoi le trac ne disparaît pas — et pourquoi c'est une bonne nouvelle
  • D'où il vient vraiment et ce qu'il dit de vous
  • Les 4 étapes concrètes pour tenir quand il arrive
  • Que vous soyez dirigeant, manager ou entrepreneur, si vous avez déjà ressenti ce creux dans l'estomac juste avant de prendre la parole

Transcription complète

Pourquoi le trac ne disparaît jamais vraiment

Est-ce que vous avez déjà eu ce moment juste avant de prendre la parole... ce creux dans l'estomac, cette voix intérieure qui vous dit "et si ça se passe mal" ? Moi oui. Et je vais vous raconter la première fois que ça m'est arrivé vraiment devant 400 personnes, avec un micro dans la main, sans filet. Ce que j'ai appris ce jour-là, je le transmets encore aujourd'hui à mes clients. Aujourd'hui : le trac. Ce qu'il est vraiment. Ce qu'il n'est pas. Et surtout comment tenir malgré lui.

Ce que le trac fait à votre voix et à votre corps

Nous sommes en 2002. Je débute. On me confie l'animation d'un challenge karting organisé pour les équipes des magasins Feu Vert. 400 personnes. Un vrai événement. Un vrai public. Je ne suis pas un animateur confirmé à ce moment-là. Je suis bavard, à l'aise dans l'échange, naturellement porté vers le contact humain. Mais serein face à un public ? Pas vraiment. Ce jour-là, j'ai le trac. Pas le trac qui paralyse mais celui qui accélère le cœur, qui questionne, qui fait douter une dernière fois avant de monter sur scène. Et pourtant, je prends le micro. Je tiens le rythme. Je crée de l'énergie. Je fais vivre l'événement. À la fin, le dirigeant de Feu Vert vient me voir. Il me dit qu'il veut me sur les prochains événements. Ce retour change quelque chose en moi. Pas parce qu'il efface le trac. Mais parce qu'il me prouve une chose fondamentale : le trac n'empêche pas la performance. Il en fait partie. Des années plus tard, je pensais avoir apprivoisé le trac. J'avais accumulé de l'expérience, des événements, des publics différents. Je me croyais blindé. Et puis le 14 juillet est arrivé. Je dois animer un show pyrotechnique en plein air. Un spectacle attendu, un public nombreux, un moment fort. Jusque-là, rien d'inhabituel pour moi. Sauf qu'à la répétition, je découvre un détail qui change tout : les enceintes sont positionnées de l'autre côté de la rivière. Résultat — un décalage sonore de trois secondes entre ma voix et ce que j'entends en retour. Trois secondes. Sur le papier, ça semble peu. Au micro, c'est énorme.

Comment gérer son trac avant de prendre la parole

Quand je commence à parler, j'entends ma propre voix revenir avec retard. Je perds mes repères. La situation devient inconfortable. Et là, une technicienne me lance : "Tu ne vas jamais y arriver." Mon cœur s'accélère. La pression monte. Mais au lieu de subir, je me recentre. Je respire. Je simplifie mon discours. Et je prends une décision : ne plus écouter ma voix en retour. Rester focalisé sur mon intention, mon rythme intérieur, mon message. Le soir venu, ça fonctionne. Ce jour-là j'ai compris quelque chose d'essentiel : le trac ne prévient pas. Il revient sous des formes nouvelles, même quand on croit l'avoir dépassé. Ce qui change, c'est votre capacité à vous recentrer malgré lui.

Les minutes qui précèdent : ce qu'il faut faire

+ de 2 500 événements plus tard, voici ce que je sais avec certitude. Le trac ne disparaît pas. Il se transforme. Les orateurs qui vous disent qu'ils n'ont plus jamais le trac vous racontent une belle histoire. Ce qui change avec l'expérience, ce n'est pas l'absence de trac. C'est votre relation à lui. Au début, le trac vous dit : "tu n'es pas à ta place." Avec le temps, il vous dit : "ce moment compte. Sois présent." C'est la même sensation. C'est une lecture différente. Deuxième chose que j'ai apprise : le trac vient toujours du même endroit. Il vient de la distance entre ce que vous voulez produire comme effet... et votre peur de ne pas y arriver. Autrement dit : si vous avez le trac, c'est que vous tenez à ce que vous faites. C'est un signe de conscience professionnelle. Pas un signe de faiblesse. Troisième chose : ce qui fait tenir, ce n'est pas le courage. C'est la préparation. Ce soir-là chez Feu Vert, j'ai tenu parce que j'avais préparé. Parce que j'avais un fil. Parce que je savais où j'allais même si je ne savais pas exactement comment j'allais y arriver. La préparation ne supprime pas l'incertitude. Elle vous donne un ancrage quand l'incertitude arrive.

Tenir quand le trac monte pendant l'intervention

Voici ce que je donne à mes clients quand le trac arrive. Étape 1 : Nommez-le. Ne faites pas semblant qu'il n'est pas là. Dites-vous simplement : "j'ai le trac, et c'est normal." Cette phrase seule réduit l'effet de panique. Ce que vous nommez, vous le dominez déjà un peu. Étape 2 : Recentrez-vous sur votre intention. Pas sur vous. Sur eux. Posez-vous cette question avant de prendre la parole : qu'est-ce que je veux que les personnes en face ressentent ou fassent à la fin de mon intervention ? Quand vous êtes centré sur l'effet à produire plutôt que sur l'impression à donner, le trac perd de son emprise. Étape 3 : Ancrez votre corps. Pieds à plat. Respiration lente. Regard posé sur une personne dans la salle avant de commencer. Pas pour chercher son approbation — pour créer du lien. Le corps ancré précède toujours la voix posée. Étape 4 : Commencez. Vraiment. Le trac est toujours au maximum juste avant. Les 10 premières secondes sont les plus dures. Après, le corps et l'esprit suivent. La seule façon de passer ce cap, c'est de commencer. Le trac n'est pas votre ennemi. C'est le signal que ce moment compte pour vous. Ce que vous devez construire, ce n'est pas une parole sans trac. C'est une parole qui tient malgré lui. 2 500 événements m'ont appris une chose simple : les meilleurs orateurs ne sont pas ceux qui ne ressentent rien. Ce sont ceux qui ont appris à avancer même quand ils ressentent tout. Si vous reconnaissez ce que je viens de décrire — ce moment juste avant où vous doutez, où vous vous demandez si vous allez tenir — et que vous voulez construire une parole plus solide, plus claire, plus ancrée dans vos moments décisifs... C'est exactement ce sur quoi je travaille avec mes clients en coaching individuel. e.